Tuesday, 24 July 2018

French 13: La grimace du nihilisme

« Le propre du temps nazi est l'absence de noms : ni artistes, ni vrais savants, ni poètes, ni philosophes, ni romanciers ; du dedans, ce régime est le vide que ne masquent qu'à ceux qui veulent être bernés son agitation, ses bruits et ses fureurs. 
Il ne laissera rien : ruines, dévastations, perte de l'indépendance, après avoir exalté pendant douze ans la brutalité et le mépris d'autrui: et derrière tous les drapeaux nazis flottant au vent se dresse la grimace du nihilisme. »
— Joseph Rovan, Histoire de l'Allemagne, XIX. Le Reich d'Adolf Hitler.

Saturday, 14 July 2018

French 12: Courage


courage : rage du coeur

Friday, 13 July 2018

French 11: Désolement


Dé-sol-ement : 
dé-sol-eillement
sol en latin : soleil

Sunday, 1 July 2018

Sunday, 3 June 2018

French 9: Montaigne le montagnard


 « En vérité, qui 
dans la pierre 
un jour ici dressa 
haut ses pensées, 
celui-là du secret 
de la vie autant 
savait que 
le plus sage ! »

— Friedrich Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra — 
Un livre qui est pour tous 
et qui n'est pour personne, 
Deuxième partie, Des Tarantules.

Montaigne ou celui qui a daigné monter jusqu'au sommet 
la montagne de l'éclaircissement, des lumières, 
de la sagesse, de l'illumination.

Il faillait attendre le Zarathoustra de Nietzsche 
pour apprendre les leçons philosophiques propres 
à la descente de la montagne et 
le retour au monde des hommes.

Saturday, 2 June 2018

French 8: « Malheur à celui qui abrite le désert ! »


 « Malheur à celui qui abrite le désert ! » s'exclame le Zarathoustra de Nietzsche Parmi les filles du désert. 

« Malheur » : le mal de l'heure ? de notre époque ? de notre monde spirituel ?

« À celui qui abrite le désert » : ce « celui » serait-ce le surhomme, celui qui, en pensant son habit(u)ation, ressent au plus profond de son être le mal de l'heure qui lui est proprement sienne en tant que véritable contemporain ? 

Que signifie abriter, c'est à dire, protéger le désert ? 

Serait-ce le manque de volonté à combattre, à résister, à surmonter, à être résolument soi-même et, au travers ce refus, ne pas être à la hauteur des décisions que requiert l'heure de notre époque, seules à même de faire du malheur du désert mondial un bonheur de l'oasis local, de sorte que la formule « Malheur à celui qui abrite le désert » devienne celle de « Bonheur à celui qui cultive l'oasis » — à savoir, la bonne heure de celui ou celle qui résiste la dévastation imposée par le don de la pensée, du poème de l'Être (ποίησις), et de ses actes créatifs ?

Mais qu'est-ce ScruffyOwlet's Tree si ce n'est le don que m'a fait l'Être d'une pensée qui puisse, à son tour, donner aux autres ?

Sunday, 8 April 2018

French 7: L'élevage des élèves


L'élève : l'enfant qui est (bien ou mal) élevé 
par l'élevage tant familial, 
environnemental-social, 
qu'écolier.   

Saturday, 7 April 2018

French 6: Se livrer — Être délivré


Se livrer en tant qu'individu — par exemple sur les réseaux sociaux ou aux médias tant de masse que (dits) alternatifs — signifie à la fois se donner dans la forme d'une livraison personnelle et, en quelque sorte, s'emprisonner, si on considère le sens et le fait d'être dé-livré, c'est à dire libéré de la pression des autres permettant à nouveau d'être maître de soi-même et de sa destinée.

Ainsi, pour me prendre en exemple, le fait que je me livre spirituellement sur ce blog me rend à la merci du jugement, favorable ou défavorable, de tout internaute et co-habitant planétaire, bien que je suis en réalité fort bien protégé, d'abord, par l'anonymat de l'internet en tant que vaste banque de données numériques où pratiquement tout se perd, ensuite, par le fait que la lecture philosophique n'est pas une (pré)occupation de masse et, finalement, par le fait que j'ai désactivé la possibilité du commentaire par souci de minimiser la tendance à l'hostilité verbale envers laquelle est proie toute pensée ou action autonome et ce, sans doute, depuis le commencement.

En anglais, livraison, dans le sens où par exemple un paquet est livré, se dit delivery et la délivrance, comme celui que Nietzsche préconisait dans son Ainsi Parlait Zarathoustra au sujet du « ressentiment contre le temps et son « il était » », se dit, de façon analogue, deliverance.  

La distinction riche-en-pensée entre se livrer et être dé-livré, entre la livraison et la délivrance, est pour moi un joli détail de la langue française, d'autant plus qu'elle peut être liée au livre, l'objet dans lequel l'un s'est livré pour en délivrer un autre.

Ainsi, ma livraison à moi — puisse-t-elle ou non délivrer des âmes autres que la mienne — s'intitule ScruffyOwlet's Tree qui, abrégé en initiales, nous donne le mot : SOT. 

Et oui, je suis sot, et fier de l'être.

Friday, 16 March 2018

French 5: Commentaire sur le livre « Qu'appelle-t-on penser ? » de Martin Heidegger



Oeuvre phare quoique négligée du grand corpus heideggerien

Qu'appelle-t-on penser ? est un cours que Heidegger dispensa dans les années cinquante, soit une bonne décennie après la fin de la seconde guerre mondiale. 

Hannah Arendt y vit une importante clé de voûte dans l'oeuvre conséquente et riche de cet auteur-professeur-philosophe très controversé.

Contenant deux parties, la première partie s'attache à éclairer la pensée de Nietzsche, en particulier l'oeuvre Ainsi parlait Zarathoustra — Un livre qui est pour tous et qui n'est pour personne , et son cri: 
« Le désert croît : malheur à celui qui qui abrite le désert ! »

; — Heidegger le précise, le désert dans le Sahara africain n'est qu'un type de désert.

Cette partie comporte une importante analyse du surhomme, déjà anticipée dans les années trente durant sa confrontation avec Nietzsche, ainsi que sa différence avec le dernier homme ; en réalité, le surhomme n'est pas un superman ou une extension de l'homme traditionnel mais simplement l'homme qui s'est affranchi de l'esprit de vengeance, « du ressentiment contre le temps et son « il était » », qui diminue tout, qui ne cherche qu'à punir et qui cligne de l'oeil au lieu de penser.

Mon propre travail en tant que penseur m'a mené à l'observation suivante : le surhomme est l'homme qui va au delà de l'animal raisonnable (du latin animal rationale), vers l'animal qui pense son habituation (voir En français 2: L'habitation et la maîtrise du monde).

La deuxième partie du cours consiste en une fastidieuse et pénétrante analyse d'un fragment de Parménide ; une connaissance de l'alphabet grec est ici préférable. 

Il s'agit de savoir en quoi la vérité peut-t-elle se manifester dans l'ère de la technique moderne (y compris cette page internet).

Conclusion : c'est une oeuvre riche et pleine d'innocence et de subtilité qui dit la même la chose, plus ou moins, que Être et temps, mais en beaucoup moins de mots. 

Recommandé à tous les amateurs de la pensée !

Tuesday, 11 July 2017

French 4: Pourquoi ne pas voter ?


Cela légitime la classe dirigeante.

Thursday, 29 June 2017

French 3: Épuisé et énervé


é-puisé = avoir son puits, à savoir son énergie et resources 
vitales, vidé, c'est à dire tiré hors de soi.

é-nervé = s'être fait faire sortir en dehors de ses nerfs, 
que ce soit par provocation délibérée, inattention ou inadvertance. 

Dans les deux cas, le préfix e ou ex vient du latin pour « en dehors de ».

Saturday, 31 December 2016

French 2: L'habitation et la maîtrise du monde


I. L'habitation signifie l'habituation

Les hommes habitent le monde. 

(Hannah Arendt,
La condition de 
l'homme moderne,
§.1)

Que signifie cela ?

Cela signifie

1 

que nous habitons le monde. 
Le monde est une matière d'habitude. 
Nous sommes dans le 
monde dans l'habituation.

2 

que le monde nous habite. 
Le monde est en nous qui l'habitons. 
Sans nous il n'y a pas de monde. 

Il suit que le monde 
que nous habitons 
— et nous habite — 
nous habitue. 

II. Le cas d'un monde sans pensée

Si le monde que 
nous habitons 
— et nous habite — 
est sans pensée, 
cette absence de 
pensée 
nous habitue 
de manière 
impensée. 

Dans un tel monde, 
puisque l'absence de pensée 
est tellement habituel, 
les habitants sont 
habitués à cela, 
que l'absence 
de pensée règne. 

Peut-on surmonter l'habituation ?

Pas tant que nous habitons le monde. 

III. L'habituation pensée

Dans un monde sans pensée, 
l'habituation peut 
néanmoins être pensée. 

Dans l'habituation pensée, 
l'absence de pensée du monde 
ne nous habitue plus 
de manière impensée.

Dans l'habituation pensée, 
l'absence de pensée 
du monde n'est plus, 
pour nous, habituel.

En quoi l'habituation pensée 
diffère-t-elle de 
l'habituation impensée ?

IV. Habituations maitrisées et magistrales

Dans l'habituation sans pensée, 
nos habitudes sont sans pensée. 
Si le monde que nous habitons 
— et nous habite — est sans pensée, 
nos habitudes deviennent sans pensée.

Le monde maitrise nos habitudes.

Dans l'habituation pensée, 
nos habitudes sont pensées. 
Si le monde que nous habitons 
— et nous habite — est sans pensée, 
nos habitudes ne deviennent 
pas sans pensée.

Nos habitudes maitrisent le monde.

V. Maitrise signifie continence

L'homme est formateur-de-monde.

(Martin Heidegger,
Les concepts fondamentaux 
de la métaphysique,
§.42).

Nous pouvons ajouter,
 par suite,

1 

que l'homme est homme et non animal 
(qui est pauvre-en-monde) 
lorsque son habituation est pensée 
puisqu'alors ses habitudes 
maitrisent le monde et il est 
formateur-de-monde. 

Il est formateur-de-monde 
parce que ses habitudes 
maitrisent le monde ; c'est dire, 
ses habitudes contiennent le monde 
mais le monde ne contient 
pas ses habitudes.
(Le surhomme)

2

que l'homme est animal et non homme 
(qui est formateur-de-monde) 
lorsque son habituation est sans pensée 
puisqu'alors ses habitudes sont 
maîtrisées par le monde et il est 
pauvre-en-monde.

 Il est pauvre-en-monde parce que 
le monde maitrise ses habitudes ; c'est dire,
le monde contient ses habitudes mais
ses habitudes ne contiennent 
pas de monde. 
(Le dernier homme)

Wednesday, 21 December 2016

French 1: Lathoron


ROMER. – Aujourd'hui j'eu un dialogue imaginaire avec le grand chercheur Lathoron.
SPIEGLER. – Quel fut le propos ?
ROMER. – Il y allait de la science.

ROMER. – Lathoron, enfin nous nous rencontrons !
LATHORON. – En effet, Romer.
ROMER. – Si cela ne te dérange, j'aimerai te poser quelques questions à propos de la science. J'ai entendu de grandes choses concernant ton savoir dans ce domaine. On dit, dans certains milieux, que tu connais la science mieux encore que les hommes scientifiques !
LATHORON. – Il est vrai que la science pour les scientifiques n'est pas la même chose que la science pour les gens ordinaires. Mon occupation est de regarder ce que font les hommes de science et de considérer ce que nous nommons science.
ROMER. – Une tâche des plus intéressantes et nécessaires, l'ami. Maintes personnes se réfèrent à la science dans leur propos sans que l'on sache jamais ce qu'elles entendent par là.
LATHORON. – Je sais.
ROMER. – Qu'est-ce donc la science Lathoron ?
LATHORON. – La science est une symbolique culturellement créée de vérité objective, dont la méthode doit satisfaire à certains critères de validité afin qu'elle puisse être considérée comme scientifique.
ROMER. – Une définition érudite si jamais j'en ai entendue une, Lathoron. Je ne suis pas certain, en revanche, que c'est bien cela qu'ont en tête les gens lorsqu'ils emploient le mot science. Je pense qu'ils entendent vérité objective mais ont laissé tomber, par ignorance ou par oubli, les autres éléments de ta définition. 
LATHORON. – Cela ne me surprendrait guère. Il y va de la nature d'un symbole d'être confondu avec ce qu'il symbolise. 

ROMER. – Qu'en est-t-il du mot science, Lathoron ? Est-t-il culturellement déterminé ?
LATHORON. – Je viens de le dire.
ROMER. – Permet moi alors de te demander ceci : le langage est-t-il une symbolique culturelle ?
LATHORON. – Je le pense bien. Le langage est le plus culturel des phénomènes et, bien sûr, est-t-il symbolique.
ROMER. – Es-tu d'accord que la symbolique du langage consiste en des mots ?
LATHORON. – Oui. Mais il y a aussi le langage du corps et le langage des signes.
ROMER. – Sans doute. Mais le français consiste en des mots, n'est-ce pas ?
LATHORON. – A quel argument mènes-tu ?
ROMER. – Patientes avec moi pour un petit temps. J'ai quelques questions encore à te poser à la suite desquelles tu seras libre de mon influence irritante.
LATHORON. – Tant mieux. Continues.
ROMER. – Nous sommes donc d'accord jusque là que le langage est une symbolique culturelle et que le français consiste en des mots. Oui ?
LATHORON. – (gémissant) Oui.
ROMER. – De ces propositions nous pouvons déduire que les mots sont des symboles culturels, puisque le langage comme symbolique culturelle consiste en des mots. Pas vrai ?
LATHORON. – Continues.
ROMER. – Nul besoin d'encore patienter. Je pense que nous sommes arrivés à un problème satisfaisant.
LATHORON. – Si tu le dit. Et quel est-ce ?
ROMER. – Le suivant : si ta déclaration selon laquelle « la science est une symbolique culturellement créée » fait partie de notre langue, alors elle doit faire partie d'une symbolique de mots. Cela amène la question : comment pouvons-nous être certains que la science est une symbolique culturelle si les mots science, culturel et symbole sont autant de symboles culturels ?
LATHORON. – Très malin, je ne le pense pas. Si ce n'est pas un problème avec toi je dois maintenant tourner mon attention vers des affaires plus pressantes. 
ROMER. – Toujours un plaisir, Lathoron. 

ROMER. – Telle était l'essence du propos, Spiegler.
SPIEGLER. – Qu'en advient-t-il du reste de la définition de Lathoron, à savoir « vérité objective » ?
ROMER. – Ah, en effet. Nous n'avons pas abordé ce sujet. Comment caractériserais-tu la vérité objective, Spiegler ?
SPIEGLER. – Je la caractériserai comme la vérité qui a trait à l'objet, je pense.
ROMER. – C'est sensé. Serai-tu d'avis, par extension, qu'il y a une vérité qui ne tient pas à l'objet ?
SPIEGLER. – Peut-être. Quelle serait-ce ?
ROMER. – Bien, mon sentiment sur ce sujet est que si la vérité objective était la vérité, il n'y aurait aucun sens à la qualifier d'objective.
SPIEGLER. – En effet. Mais je remarque souvent que ce qui est dit objectif est souvent pris pour être la vérité.
ROMER. – Si tel était le cas, la qualification même de vérité objective serait une formule vide. Revenons à ta propre définition, à savoir que la vérité objective est une vérité qui a trait à l'objet. Que cela nous dit-t-il ?
SPIEGLER. – Que la vérité n'a pas forcément trait à l'objet, que la vérité et l'objet sont séparés. Peut-être même bien que la vérité n'a besoin de tenir à quoi que ce soit ?
ROMER. – Mais tu ne penses tout de même pas que la vérité soit séparée de nous, Spiegler ? Je veux dire, il a bien fallu une bouche et, pour ainsi dire, des cordes vocales afin d'être à même de produire le son « vérité » et, par la même, établir l'idée ?
SPIEGLER. – Quel est donc ton propos ?
ROMER. – Que parler de vérité objective implique nécessairement une vérité subjective, seulement la vérité subjective à trait au sujet.
SPIEGLER. – Tu veux dire nous-mêmes en tant qu'êtres humains ?
ROMER. – Précisément. Comme le témoigne l'ancien adage : « connais toi toi-même ».

SPIEGLER. – Je pense me connaitre pour la plus grande part. Creuser top profondément cet adage pourrait nous mener à être qualifiés de fous.
ROMER. – Ne songeons pas à cette boîte de Pandore pour l'instant. Ce que j'essayai de suggérer est que, puisque la vérité objective et la vérité subjective ne sont pas aisément séparables, il y va peut être de connaitre un objet de se connaitre soi-même. Autrement dit, les gens qui faillent à se connaitre eux-mêmes seront peut être menés à confondre leur connaissance de l'objet — la vérité dite objective — avec l'objet lui-même. C'est probablement, si j'ose dire, cette lacune dans la connaissance de soi parmi grand nombre de chercheurs, de scientifiques et de commentateurs qui explique la confusion moderne entre l'objectivité et la vérité. 
SPIEGLER. – Si nous devons nous connaitre nous-mêmes afin de connaitre les objets, comment procéder ?
ROMER. – Je suggère faire appel à ce qui se nomme conscience, sur la base de l'observation selon laquelle « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».
SPIEGLER. – Je suppose que la science signifiait savoir pour la plus grande partie de l'histoire par opposition à son acception technique moderne. Ainsi donc la conscience pourrait être qualifiée comme...
ROMER. – Le savoir de ton savoir, mon cher monsieur. 

SPIEGLER. – Je suis d'accord qu'un manque de connaissance de soi mène bien de gens de faible esprit à confondre ce qui est objectif ou ce qui est lié à un objet d'étude avec la vérité même. Mais y a t-il des raisons supplémentaires derrière cette confusion entre la vérité et l'objectivité ?
ROMER. – Et bien nous avons vu que ce qui est objectif est ce qui porte à l'objet, que ce soit l'objet de recherche, d'analyse, d'étude, de commentaire, et ainsi de suite. Un objet est objectif dans sa relation à l'observateur de l'objet, le sujet.
SPIEGLER. – Ceci est l'angle philosophique traditionnel, en effet.
ROMER. – Mon intuition est que l'on croit, pour de maintes raisons, y compris d'une nature politique, que les sujets interfèrent avec l'objectivité des objets, venant d'horizons et de milieux différents, affectés en outre par leur subjectivité, à savoir, leurs émotions (quelles choses bêtes !) ou bien leurs préjugés ou par des perceptions idiotes. Puisque l'objet est vu différemment par chaque observateur, un accord est requiert, surtout dans une société démocratique, quant à ce qui caractérise l'objet de telle sorte que chacun peut être d'accord sur ces caractéristiques communes et y souscrire. Ceci est la tâche remplie en pratique par le sens commun et, dans le monde théorique, par la science. Dans le cas de la science, cette dernière peut se présenter comme universellement valide, étant donné que tous ceux qui adhèrent à ces caractéristiques communes, c'est à dire ces conventions, se doivent de reconnaitre la validité des ces caractérisations. 
SPIEGLER. – Et selon ton angle un peu hautain, ce qui est tenu pour universellement valide, c'est à dire valable pour tous, cela est confondu avec la vérité ?
ROMER. – C'est ce qui arrive, à mon avis. Pour prendre des exemples, l'un tiré de l'arithmétique, « 2 + 2 = 4 », l'autre de l'historiographie, « en 1939 l'Allemagne envahit la Pologne », et un autre encore tiré de la science physique, « vitesse égal distance sur temps », ces affirmations, universellement valides telles qu'elles sont par force de convention, sont tous tenues pour être correctes, donc vraies. La vérité dégénère alors dans l'idée de la validité universelle ou de ce qui est universellement correct.
SPIEGLER. – D'autant plus, j'imagine, que la technique moderne, telle que celle qui rend possible la vision de cette publication, a un lien direct avec la découverte scientifique ?
ROMER. – La réponse à cela est bien au-delà de ma capacité intellectuelle, Spiegler. Mais selon une opinion commune, la technique est une validation physique, c'est dire objective, de conventions scientifiques et cela à double titre, à savoir, premièrement, que les objets techniques, tels l'ordinateur équipé d'accès à internet, valident les caractérisations qui rendirent possible leur conception et fabrication et, deuxièmement, l'appareil technique est essentiel au travail scientifique de laboratoire. Une hypothèse ou formule scientifique, je l'imagine, a besoin d'une vérification technique avant d'être acceptée par une communauté scientifique.

SPIEGLER. – Je vois maintenant que nous avons couvert un large chemin théorique, par la simple activité de la pensée, mais jusque là notre conversation s'est focalisée principalement sur le terme « objectif ». La vérité, elle, reste élusive, quelque peu mystérieuse, à moins que tu souhaites nous élucider à son sujet.
ROMER. – Avec plaisir. Faisons investigation immédiate du mot vérité, cette minute même !
SPIEGLER. – Avant cela, cependant, je me dois de te communiquer une réserve. Comment, en effet, faire investigation du mot vérité sans savoir ce qu'est la vérité même ? Il me semble que, ignorants de ce qu'est ou veut dire la vérité, nous ne pourrions jamais savoir à l'avance si le sens fourni par ton élucidation soit vrai ou faux.
ROMER. – Et bien, regardons la chose de cette façon. En décrétant à l'avance qu'une telle investigation du sens du mot vérité soit impossible pour la raison que tu donnes, nous serions en fait d'accord sur quelque chose du mot vérité qui rendrait impossible son investigation. Cette chose, je le soutiens, ne peut être suggérée que par son sens, avant même d'avoir clarifié ce sens une fois pour toutes.
SPIEGLER. – Cela nous dit seulement que la vérité a un sens, un sens que nous connaissons peut-être déjà, mais pas le contenu de ce sens.
ROMER. – Tu trouveras le même problème pour toutes les investigations du sens des mots. Sans connaitre la vérité, nous ne pourrions jamais savoir si les sens que nos investigations produisent soient vrais ou faux.
SPIEGLER. – Précisément. Le besoin de savoir le sens du mot vérité semble d'autant plus nécessaire qu'impossible.
ROMER. – Cela est défaitiste de ta part et j'ai l'impression que nous parlons de cette question à la manière des gens aveugles et lâches.
SPIEGLER. – Comment cela ?
ROMER. – La vérité doit être cela qui rend possible le sens.
SPIEGLER. – Que veux-tu dire ?
ROMER. – Je veux dire que, de la même façon que dénier la possibilité du sens suggère un sens qui n'est pas possible, la vérité doit être à la fois ce qui rend possible le sens et ce qui est suggéré par le sens possible d'un mot. 
SPIEGLER. – Tu tournes en cercle. Dois-je donc entendre que ta définition de la vérité, dans la mesure où elle est porteuse de sens, suggère la vérité et est rendue possible par elle ?
ROMER. – Oui, c'est ce que j'entend.
SPIEGLER. – OK. Tout cela est très bien mais comment, à partir de cette définition, déterminer si un sens est vrai ou faux ?
ROMER. – Un sens, mon ami, n'est ni vrai ni faux. Il ne fait que suggérer la vérité en vertu de laquelle il est rendu possible. J'irai jusqu'à dire que là où il n'y a pas de sens, il n'y a pas de vérité, et là où il n'y pas de vérité, il n'y a pas de sens.
SPIEGLER. – Bien dit, même si cela ne vient que de moi.