Wednesday, 21 December 2016

En français 1: Lathoron, un dialogue philosophique

Platon


Citations de tête
« Il faut que l’homme assume et réalise une fondation plus originelle de [l’essence de la vérité]. » 
– Martin Heidegger, Nietzsche: La Volonté de puissance en tant que connaissance

« Le fier savoir du privilège extraordinaire de la responsabilité, la connaissance de cette rare liberté et puissance sur soi-même et sa destiné, a pénétré ses profondeurs les plus enfouies et devenu instinct, son instinct dominant – qu'appellera-t-il son instinct dominant, à supposer qu'il lui faut donner un mot ? Aucun doute sur la réponse : cet être-humain souverain l'appelle sa conscience... » 

– Friedrich Nietzsche, Vers Une Généalogie de la morale


Contexte

Lathoron, le dialogue philosophique qui suit, fut inspiré dans son esprit à la fois joueur et subversif par le métaphysicien grec Platon et marqua le début de mon dés-apprentissage de la conscience du troupeau.

Ce dont il est cause dans les étapes du dialogue sont des préoccupations à propos du langage, des mots, de la science, de l'objectivité, de la technique, de la conscience et de la vérité.

Quant à cette dernière, la définition atteinte – cela qui rend possible le sens et ce qu'est suggéré par le sens possible d'un mot – a le mérite de reconnaître la puissance des mots dans la mesure où ils prennent racine dans cela qui nous donne à penser.

La vérité devient cela qui repose sous les noms, de sorte que leurs étymologies, leurs histoires, leurs origines aussi bien que leurs sons et leurs formes viennent à jouer un rôle vital.

Par exemple, l'étymologie du mot étymologie est le Grec ἔτυμος, le vrai, le réel, l'actuel.

Il semblerait que nous tournons en rond mais, comme le savait par de trop le penseur allemand Martin Heidegger, comme dans son cours magistral Les Concepts fondamentaux de la métaphysique, c'est seulement en cerclant le cercle que l'on vient à connaître son centre.

Le nom au teint hellénique « Lathoron » fut influencé par le nom du chercheur Bruno Latour.

En nommant de manière voilée Latour, je tentai de créer un parallèle entre le rôle du sophiste de la Grèce ancienne, que Platon mis tant en question en tant que porteur de vérité philosophique authentique, et l'universitaire professionnel – que ce soit philosophes, sociologues, historiens, anthropologues, et même scientifiques – qui, comme le sophiste grec en son temps, est rémunéré pour penser et, en tout cas, appartient au système universitaire de recherche institutionnalisée. 

Un ami me fit part du fait que le nom Spiegler ressemble à l'allemand Spiegel, qui signifie miroir.

Le rôle de Spiegler est bien en effet de miroiter la pensée de Romer, « homme de Rome ».

Concernant le nom Rome(r), il est intéressant de noter que le grec ancien ῥώμη, de prononciation presqu'identique, du moins selon la manière d'Érasme, signifie « force », « puissance », « pouvoir ».

Quant à ma tentative de dé-couvir le concept de science, faisons note de l'observation que fit Heidegger dans son cours Qu'appelle-t-on penser ? – un livre dont je fais souvent référence sur ce blog et qui donne à lire un cours professé par Heidegger en 1951/1952 (ou en 63 en années post-chrétiennes – voir la deuxième note de supplément à la fin du dialogue pour plus de détails sur cette nouvelle méthode de chronologie) –, observation selon laquelle un brouillard entourait l'essence du concept de la science, ce qu'elle est.
« Un brouillard entoure encore l'essence de la science moderne. Mais ce brouillard n'est pas l'oeuvre d'un certain nombre de chercheurs ou de savants; il ne se lève pas à l'intérieur de la science. Il n'est en aucune façon l'oeuvre de l'homme. Il se lève de la région de ce qui donne le plus à penser, c'est à dire « que nous ne pensons pas encore ». Nous, c'est nous tous, y compris celui qui parle ici, et même lui tout le premier. »
Le dialogue Lathoron cherche à dissiper ce brouillard.


Lathoron

Romer : Aujourd'hui j'eu un dialogue imaginaire avec le grand chercheur Lathoron.
Spiegler : Quel fut le propos ?
Romer : Il y allait de la science.

Rom : Lathoron, enfin nous nous rencontrons !
Lathoron : En effet Romer.
Rom : Si cela ne te dérange j'aimerai te poser quelques questions à propos de la science. J'ai entendu de grandes choses concernant ton savoir dans ce domaine. On dit, dans certains milieux, que tu connais la science mieux encore que les scientifiques !
Lath : Il est vrai que la science pour les scientifiques n'est pas la même chose que la science pour les gens ordinaires. Mon occupation est de regarder ce que font les hommes de science et de considérer ce que nous nommons science.
Rom : Une tâche des plus intéressantes et nécessaires l'ami. Maintes personnes se réfèrent à la science dans leur propos sans que l'on sache jamais ce qu'elles entendent par là.
Lath : Je sais.
Rom : Qu'est-ce donc la science Lathoron ?
Lath : La science est une symbolique culturellement créée de vérité objective, dont la méthode doit satisfaire à certains critères de validité afin qu'elle puisse être considérée comme scientifique.
Rom : Une définition érudite si jamais j'en ai entendue une Lathoron... Je ne suis pas certain, en revanche, que c'est bien cela qu'ont en tête les gens lorsqu'ils emploient le mot « science ». Je pense qu'ils entendent « vérité objective » mais ont laissé tomber, par ignorance ou par oubli, les autres éléments de ta définition. 
Lath : Cela ne me surprendrait guère. Il y va de la nature d'un symbole d'être confondu avec ce qu'il symbolise. 

Rom : Qu'en est-t-il du mot « science » Lathoron... Est-t-il culturellement déterminé ?
Lath : Je viens de le dire.
Rom : Permet moi alors de te demander ceci : le langage est-t-il une symbolique culturelle ?
Lath : Je le pense bien. Le langage est le plus culturel des phénomènes et bien sûr est-t-il symbolique.
Rom : Es-tu d'accord que la symbolique du langage consiste en des mots ?
Lath : Oui. Mais il y a aussi le langage du corps et le langage des signes.
Rom : Sans doute. Mais le français consiste en des mots, n'est-ce pas ?
Lath : A quel argument mènes tu ?
Rom : Patientes avec moi pour un petit temps. J'ai quelques questions encore à te poser et ensuite tu seras libre de mon influence irritante.
Lath : Tant mieux. Continues.
Rom : Nous sommes donc d'accord jusque là que le langage est une symbolique culturelle et que le français consiste en des mots. Oui ?
Lath (gémissant) : Oui.
Rom : De ces propositions nous pouvons déduire que les mots sont des symboles culturels puisque le langage comme symbolique culturelle consiste en des mots. Pas vrai ?
Lath : Continues.
Rom : Nul besoin d'encore patienter. Je pense que nous sommes arrivés à un problème satisfaisant.
Lath : Si tu le dit. Et quel est-ce ?
Rom : Le suivant : si ta déclaration selon laquelle « la science est une symbolique culturellement créée » fait partie de notre langue, alors elle doit faire partie d'une symbolique de mots. Cela amène la question : comment pouvons-nous être certains que la science est une symbolique culturelle si les mots « science », « culturel » et « symbole » sont autant de symboles culturels ?
Lath : Très malin, je ne le pense pas. Si ce n'est pas un problème avec toi je dois maintenant tourner mon attention vers des affaires plus pressantes. 
Rom : Toujours un plaisir Lathoron. 

Rom : Telle était l'essence du propos Spiegler.
Spie : Qu'en advient-t-il du reste de la définition de Lathoron, à savoir « vérité objective » ?
Rom : Ah en effet. Nous n'avons pas abordé ce sujet. Comment caractériserais-tu la vérité objective, Spiegler ?
Spie : Je la caractériserai comme la vérité qui a trait à l'objet, je pense.
Rom : C'est sensé. Serai-tu d'avis, par extension, qu'il y a une vérité qui ne tient pas à l'objet ?
Spie : Peut-être. Quelle serait-ce ?
Rom : Bien, mon sentiment sur ce sujet est que si la vérité objective était la vérité, il n'y aurait aucun sens à la qualifier d'objective...
Spie : En effet. Mais je remarque souvent que ce qui est dit objectif est souvent pris pour être la vérité...
Rom : Si tel était le cas, la qualification même de « vérité objective » serait une formule vide. Revenons à ta propre définition, à savoir que la vérité objective est une vérité qui a trait à l'objet. Que cela nous dit-t-il ?
Spie : Que la vérité n'a pas forcément trait à l'objet, que la vérité et l'objet sont séparés. Peut-être même bien que la vérité n'a besoin de tenir à quoi que ce soit ?
Rom : Mais tu ne penses tout de même pas que la vérité est séparée de nous, Spiegler ? Je veux dire, il a bien fallu une bouche et, pour ainsi dire, des cordes vocales afin d'être à même de produire le son « vérité » et par la même établir l'idée ?
Spie : Quel est donc ton propos ?
Rom : Que parler de vérité objective implique nécessairement une vérité subjective, seulement la vérité subjective à trait au sujet.
Spie : Tu veux dire nous en tant qu'êtres humains ?
Rom : Précisément. Comme le témoigne l'ancien adage : « connais toi toi-même ». 

Spie : Je pense me connaitre pour la plus grande part. Creuser top profondément cet adage pourrait nous mener à être qualifiés de fous.
Rom : Ne songeons pas à cette boîte de Pandore pour l'instant. Ce que j'essayai de suggérer est que puisque la vérité objective et la vérité subjective ne sont pas aisément séparables, il y va peut être de connaitre un objet de se connaitre soi-même. Autrement dit, les gens qui faillent à se connaitre eux-mêmes seront peut être menés à confondre leur connaissance de l'objet – la vérité dite objective – avec l'objet lui-même. C'est probablement, si j'ose dire, cette lacune dans la connaissance de soi parmi grand nombre de chercheurs, de scientifiques et de commentateurs qui explique la confusion moderne entre l'objectivité et la vérité. 
Spie : Si nous devons nous connaitre nous-mêmes afin de connaitre les objets, comment procéder ?
Rom : Je suggère faire appel à ce qui se nomme con-science, puisque « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».
Spie : Je suppose que la science signifiait savoir pour la plus grande partie de l'histoire par opposition à son acception technique moderne... Ainsi donc la conscience pourrait être qualifiée comme...
Rom : ... Le savoir de ton savoir, mon cher monsieur. 

Spie : Je suis d'accord qu'un manque de connaissance de soi mène bien de gens de faible esprit à confondre ce qui est objectif ou ce qui est lié à un objet d'étude avec la vérité même. Mais y a-t-il des raisons supplémentaires derrière cette confusion entre vérité et objectivité ?
Rom : Et bien nous avons vu que ce qui est objectif est ce qui porte à l'objet, que ce soit l'objet de recherche, d'analyse, d'étude, de commentaire et ainsi de suite. Un objet est objectif dans sa relation à l'observateur de l'objet, le sujet.
Spie : Ceci est l'angle philosophique traditionnel, en effet.
Rom : Mon intuition est qu'on croit, pour de maintes raisons, particulièrement d'une nature politique, que les sujets interfèrent avec l'objectivité des objets, venant d'horizons et de milieux différents, affectés en outre par leur subjectivité, à savoir, leurs émotions (quelles choses bêtes !) ou bien leurs préjugés ou par des perceptions idiotes... Puisque l'objet est vu différemment par chaque observateur, un accord est requiert, surtout dans une société dite démocratique, quant à ce qui caractérise l'objet de telle sorte que chacun peut être d'accord sur ces caractéristiques communes et y souscrire. Ceci est la tâche remplie en pratique par le sens commun et dans le monde théorique par la science. Dans le cas de la science, cette dernière peut se présenter comme universellement valide, étant donné que tous ceux qui adhèrent à ces caractéristiques communes, c'est à dire ces conventions, se doivent de reconnaitre la validité des ces caractérisations. 
Spie : Et selon ton angle un peu hautain, ce qui est tenu pour universellement valide, c'est à dire valable pour tous, cela est confondu avec la vérité ?
Rom : C'est ce qui arrive, à mon avis. Pour prendre des exemples, les affirmations suivantes, l'une tirée de l'arithmétique, « 2+2=4 », l'une de l'historiographie, « en 1939 l'Allemagne envahit la Pologne », et l'autre tirée de la science physique, « vitesse égal distance sur temps », ces affirmations, universellement valides telles qu'elles sont par force de convention, sont tous tenues pour être correctes, donc vraies. La vérité dégénère alors dans l'idée de la validité universelle ou de ce qui est universellement correct...
Spie : D'autant plus, j'imagine, que la technique moderne, telle que celle qui rend possible la vision de cette publication, a un lien direct avec la découverte scientifique ?
Rom : La réponse à cela est bien au-delà de ma capacité intellectuelle, Spiegler. Mais selon une opinion commune, la technique est une validation physique, c'est dire objective, de conventions scientifiques et cela à double titre, à savoir, premièrement, que les objets techniques, tels l'ordinateur équipé d'accès à internet, valident les caractérisations qui rendirent possible leur conception et fabrication et, deuxièmement, l'appareil technique est essentiel au travail scientifique de laboratoire. Une hypothèse ou formule scientifique, je l'imagine, a besoin d'une vérification technique avant d'être acceptée par une communauté scientifique.

Spie : Je vois maintenant que nous avons couvert un large chemin théorique, par la simple activité de la pensée, mais jusque là notre conversation s'est focalisée principalement sur le terme « objectif ». La vérité, elle, reste élusive, quelque peu mystérieuse, à moins que tu souhaites nous élucider à son sujet...
Rom : Avec plaisir. Faisons investigation immédiate du mot « vérité », cette minute même !
Spie : Avant cela, cependant, je me dois de te communiquer une réserve... Comment, en effet, faire investigation du mot vérité sans savoir ce qu'est la vérité même ? Il me semble que, ignorants de ce qu'est ou veut dire la vérité, nous ne pourrions jamais savoir à l'avance si le sens fourni par ton élucidation soit vrai ou faux...
Rom : Et bien, regardons la chose de cette façon... En décrétant à l'avance qu'une telle investigation du sens du mot vérité soit impossible pour la raison que tu donnes, nous serions en fait d'accord sur quelque chose du mot vérité qui rendrait impossible son investigation. Cette chose, je le soutiens, ne peut être suggérée que par son sens, avant même d'avoir clarifié ce sens une fois pour toutes.
Spie : Cela nous dit seulement que la vérité a un sens, un sens que nous connaissons peut-être déjà, mais pas le contenu de ce sens...
Rom : Tu trouveras le même problème pour toutes les investigations du sens des mots... Sans connaitre la vérité nous ne pourrions jamais savoir si les sens que nos investigations produisent soient vrais ou faux...
Spie : Précisément. Le besoin de savoir le sens du mot vérité semble d'autant plus nécéssaire qu'impossible...
Rom : Cela est défaitiste de ta part et j'ai l'impression que nous parlons de cette question à la manière des gens aveugles et lâches.
Spie : Comment cela ?
Rom : La vérité doit être cela qui rend possible le sens.
Spie : Que veux-tu dire ?
Rom : Je veux dire que, de la même façon que dénier la possibilité du sens suggère un sens qui n'est pas possible, la vérité doit être à la fois ce qui rend possible le sens et ce qui est suggéré par le sens possible d'un mot
Spie : Tu tournes en cercle... Dois-je donc entendre que ta définition de la vérité, dans la mesure où elle est porteuse de sens, suggère la vérité et est rendue possible par elle ?
Rom : Oui, c'est ce que j'entend.
Spie : OK. Tout cela est très bien mais comment, à partir de cette définition, déterminer si un sens est vrai ou faux ?
Rom : Un sens, mon ami, n'est ni vrai ni faux. Il ne fait que suggérer la vérité en vertu de laquelle il est rendu possible. J'irai jusqu'à dire que là où il n'y a pas de sens, il n'y a pas de vérité, et là où il n'y pas de vérité, il n'y a pas de sens.
Spie : Bien dit, même si cela ne vient que de moi. 


Note de supplément (1)

La vérité entendue comme étant cela qui rend possible le sens et ce qui est suggéré par le sens possible d'un mot est à même de fournir la possibilité d'un plus grand émerveillement enfantin ou, de façon peut-être plus appropriée pour l'époque troublée et confuse qu'est la notre, pressentiment face au monde, une telle 
« consternation d'étonnement »
constituant, selon Heidegger, la disposition de base dans le sens d'humeur d'esprit propre à fonder « l'autre » ou « le second » commencement de l'humanité occidentale-globalisée (et considérée dans son livre dont le titre aurait être traduit comme Contributions vers la philosophie : de la propriation). 

Rappelons à ce sujet ces mots de Heidegger, tirés encore une fois de son livre Qu'appelle-t-on penser ? :
« Nous laissons [...] ouverte la question de savoir si, lorsqu'un enfant qui regarde la Lune dit simplement : « Lune », ou bien adresse à l'objet de son regard une parole qu'il a inventée lui-même, si, alors, pour un instant ne règne pas un dire plus originel que dans la phrase la plus finement polie d'un littérateur. »

Note de supplément (2)

Le dialogue philosophique au-dessus, en amenant au devant l'essence de la science moderne et le royaume du pur langage, serait peut-être à même de fournir un premier petit pas de nourrisson vers la guérison du malheureux diagnostique tant de la « science » que de la « philosophie » qui prend verbe dans le calme chef d'oeuvre du penseur italien Giorgio Agamben nommé Qu'est-ce la philosophie ?, publié pour le monde anglophone en 2017 (ou 128 en années post-chrétiennes, c'est à dire à partir du Jour du Salut, le premier jour de l'an Un que fut le 30 septembre 1888 et sa Loi contre le christianisme – voir les dernières pages de L'Antéchrist de Nietzsche). 

Là (à savoir Qu'est-ce la philosophie ?) il est écrit (je traduit de l'anglais) :
« La renonciation par la science d'une exposition linguistique [...] va de pair avec l'incapacité de la philosophie à confronter les limites du langage. 
Une philosophie sans idées [entendues comme la capacité d'être dite des choses dans la mesure où elles ont été données un nom], c'est à dire, une philosophie purement conceptuelle, qui par là devient une ancilla scientae de moins en moins utile, est appariée par une science qui est incapable de penser sa relation à la vérité qui réside dans les langues naturelles. [...]
Une science qui renonce à préserver les apparences ne peut que viser à leur destruction ; une philosophie qui ne se remet plus en question, au travers les idées, dans le langage, perd sa nécessaire connexion au monde sensible. »

Note de supplément (3)

Comme j'en fait note explicite dans Who Are Zarathustra's 'Good and Righteous'?  (Qui sont « les gens de bien et les justes » de Zarathoustra ?), Lathoron, un dialogue philosophique marque le début de mon tenir compte du commandement de Nietzsche qui se trouve dans La Volonté de puissance: essai d'une transmutation de toutes les valeurs :
« il faut extirper, détruire, faire la guerre, il faut arracher de partout l'étalon chrétien nihiliste et le combattre sous tous les masques... »
Un tel combat et un del dé-masquage est en cause dans ma mise en question de la vérité entendue comme « objectivité » et en montrant que « l'objectivité » est essentiellement une évaluation métaphysique dérivant du christianisme qui donne priorité à la validité universelle au détriment de la vérité individualisée et singulière. 

Au numéro 11 de L'Antéchrist, Nietzsche écrit :
« Une vertu doit être notre invention, notre défense et notre nécessité personnelle : dans tout autre sens elle n'est qu'un danger. 
Ce qui n'est pas une condition vitale, est nuisible à la vie [.]
La « vertu », le « devoir », le « bien en soi », le bien avec le caractère de l'impersonnalité, de la valeur générale – des chimères où s'exprime la dégénérescence, le dernier affaiblissement de la vie [.]
Les plus profondes lois de la conservation et de la croissance demandent le contraire : que chacun s'invente sa vertu, son impératif catégorique. 
Un peuple périt lorsqu'il confond son devoir avec la conception générale du devoir. 
Rien ne ruine plus profondément, plus intérieurement que le devoir impersonnel, le sacrifice devant le dieu Moloch de l'abstraction.
– Que l'on ait pas trouvé dangereux l'impératif catégorique de Kant ! [...]
Une action qu'exige l'instinct de vie a dans la joie sa preuve d'être une action véritable [.] [...] 
Qu'est-ce qui débilite plus vite que de travailler, de penser, de sentir sans nécessité intérieure, sans une profonde élection personnelle, sans joie, comme un automate du « devoir » ?
C'est en quelque sorte la recette pour la décadence, même pour l'imbécilité... »
La vérité entendue comme l'objectivité de l'universellement valide (et valable), continuellement et de permanence mise et re-mise en vigueur par l'universalité physique des conditions techniques de l'existence contemporaine, y compris la technique sociale de l'argent qui est mise en pratique comme condition numérale de l'inclusion socio-technique, est peut-être au coeur de cette corruption de l'humanité observée au numéro 6 de l'oeuvre citée :
« Un spectacle douloureux et épouvantable s'est élevé devant mes yeux : j'ai écarté le rideaux de la corruption des hommes. 
Je l’entends — il importe de le souligner encore une fois — dépourvu de toute morale : et cela au point que j’éprouve cette corruption précisément là où jusqu’à présent on aspirait le plus consciemment à la « vertu », à la « divinité ». 
J’entends corruption, on le devine déjà, au sens de décadence : je prétends que toutes les valeurs qui servent aujourd’hui aux hommes à résumer leurs plus hauts désirs, sont des valeurs de décadence. 
J’appelle corrompu un animal, une espèce, un individu, quand il perd ses instincts, quand il choisit, quand il préfère ce qui lui est désavantageux. [...]
La vie elle-même est pour moi un instinct de croissance, de durée, d’accumulation de forces, de puissance : où la volonté de puissance fait défaut, il y a dégénérescence. »
Autrement dit, afin de contrecarrer le déclin et encourager la croissance, de prévenir la morbidité et favoriser la braverie, de restaurer le sens de la terre et garantir au genre humain un avenir, de promouvoir la poursuite de l'excellence au-delà du conformisme des médiocres, d'endiguer et même d'inverser la tendance au
« désenchantement et du désolement de l'existence, par l'industrie, la technique et l'économie, en fonction d'un affaiblissement et d'un épuisement de la force formatrice du savoir et de la tradition, pour ne point parler de l'absence de toute assignation d'un but à l'existence »
– Martin Heidegger, Nietzsche : La Volonté de puissance en tant qu'art
la vie se doit devenir plus Romer-ique (dans le sens d'une recherche et d'une justification de ce qui rend fort – voir l'étymologie du nom « Rome » suggérée dans la partie « Contexte » au-dessus) !

Car
« J'ai le bonheur, après des milliers d'années passées dans l'aberration et la confusion, d'avoir retrouvé le chemin qui mème à un oui et à un non.
J'enseigne de dire non en face de tout ce qui rend faible – de tout ce qui épuise.
J'enseigne de dire oui en face de tout ce qui fortifie, ce qui accumule les forces, de ce qui justifie le sentiment de la vigueur. »
– Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance: Essai d'une transmutation de toutes les valeurs

Note de supplément (4)

La référence que fait Romer aux 
« gens aveugles et lâches »
peut être liée à l'observation de Nietzsche dans Ecce Homo que
« L'erreur (la foi dans l'idéal), l'erreur n'est pas aveuglement, l'erreur est une lâcheté. »